"Aujourd'hui j'ai 85 ans et 9 mois. Je quitte enfin ce monde" (1)

C'est le message que nous laisse Roger avant de faire le grand saut dans l'eau delà.
Je ne le connaissais pas Roger. Il vivait à la maison de retraite "Les Résidentiels". Insatisfait des prestations de l'établissement, il décide de ne plus payer. il se met dans la situation du locataire qui refuse de payer le loyer de son gourbi pourri à un propriétaire cupide...Le seul moyen de pression dans cette situation est considéré "hors la loi"! Le propriétaire peut traîner tranquillement son locataire en justice. La maison de retraite était "en droit" de faire de même avec Roger.
La procédure a paru sans doute fort mal appropriée à la direction de la maison de retraite qui a préféré profiter de l'hospitalisation de Roger pour lui interdire l'accès de son logement à son retour: elle en a tout bonnement changé la serrure...
Roger s'est retrouvé à la rue sans ses effets personnels et c'est dans un foyer d'accueil de SDF qu'il s'est donné la mort.

vieux_3Mon parcours professionnel m'a amené à fréquenter les maisons de retraite. Comme Roger, je voudrais dire "qu'il faut supprimer ces couloirs de la morts" parce que j'ai vu des couloirs avec, de part et d'autre, des vieillards posés sur un fauteuil, attendant je ne sais quelle présence ou je ne sais quelle échéance.
Je ne voudrais pas généraliser. J'ai rencontré des personnels compétents, plein d'humanité. Trop peu nombreux...leur bonne volonté et leur esprit de sacrifice ne suffit pas. Les tâches qu'ils sont amenés à effectuer ne leur permet pas, bien souvent, d'avoir des relations suivies avec les personnes dont ils ont la charge. Je pense ici au service public dont ce devrait être la mission et qui ne peut pas faute des moyens humains nécessaires.

Et puis les structures elles-mêmes...des institutions bien trop grandes qui rappellent plus l'hôpital que le cocon familial. La vie a disparu de certains établissements qui semblent gérer un entrepôt de vieilles carcasses fatiguées.
Une prise en charge en maison de retraite revient à minima à 1600/2000 € par mois. Le minimum vieillesse (rebaptisé Allocation Spécifique aux Personnes Âgées) est de 700 € pour une personne seule et de 1100 € pour un couple. Je ne connais pas les ressources de René mais la plupart des personnes que je rencontrais n'avaient que l'ASPA comme unique revenu. Le complément est assuré par la solidarité nationale via le budget des conseils généraux. En dehors de quelques rares maisons de retraite privées, seuls les établissements publics acceptent ce type de résidents "clientèle"...la notion de "résident" fait place à celle de "client", notamment dans les maisons de retraite privées.
En gros, il existe les maisons de retraite pour "pauvres" (avec une convention Aide Sociale) et les maisons de retraite pour "riches" (privées), voire des villages de retraités!...ce n'est pas pour autant que les prestations sont mieux assurées dans les secondes que dans les premières! La fonction première d'un établissement "d'accueil"  pour personnes âgées est d'assurer des dividendes à ses actionnaires tout comme n'importe quel établissement hôtelier.

La triste histoire de Roger nous rappelle que le "vieux" est avant tout une valeur marchande. Comme toute marchandise, il doit "rapporter"...Quel est donc ce monde qui ne reconnaît pas, qui ne respecte pas, ses anciens les plus démunis?

Joyeux Noël...

(1) La Charente Libre