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Vu hier sur M6 l'émission de Zone Interdite sur les établissements accueillant des enfants et adultes lourdement handicapés. Les salariés et les intervenants du secteur ne sont guère étonnés du contenu du reportage. Les langues se délient dans le milieu de la santé mentale. "On" sait que dans tel ou tel institut les enfants subissent, au pire, de mauvais traitements, au moins pire une prise en charge dans des conditions dégradantes et humiliantes.
Mais "on" ne dit rien, "on" fait comme si de rien n'était et surtout "on" ne va pas pousser des investigations qui risqueraient de mettre à mal les politiques de santé et les politiques en chair et en os du territoire.

Que penser des propos de ces éducateurs qui se taisent parce qu'il faut payer les traites de la maison? De ces éducateurs qui mettent "en quarantaine" le veilleur de nuit qui dénonce, au prix de sa santé, de sa vie familiale brisée, les mauvais traitements infligés dans l'institution pour laquelle il travaille? Combien de ces situations perdurent dans nombre de centres en France? La prise en charge d'enfants polyhandicapés coûte cher... elle est pourtant source d'emploi. Il est clair qu'employer de futurs électeurs à moindre coût est une stratégie que n'hésitent pas à laisser pourrir, "la tête ailleurs", nombre d'élus.

Pensa! Les instituts de santé mentale (IME, MAS, Foyer de Vie...) sont des enjeux non négligeables pour s'assurer une carrière politique, notamment dans les zones rurales dont ils sont bien souvent le premier employeur. Pas question de bousculer les responsables  parce que "la rumeur dit...". À Moussaron, depuis près de 20 ans les élus sont alertés sur les mauvaises conditions de prise en charge des enfants. Que s'est-il passé en 20 ans? 3 condamnations pour diffamation de personnels qui ont eu le courage de dénoncer un fonctionnement indigne.
A-t-on entendu le Conseil Général du Gers, garant de la protection de l'enfance? Que nenni! Depuis la publication du dernier rapport de l'ARS (6 octobre 2013), aucun élu ne s'est manifesté pour dénoncer l'inhumanité régnante dans les lieux. Aucun élu lors de la conférence de presse du collectif du Moussaron (salariés, anciens salariés de l'Institut, association des Paralysés de France, Autisme Gers, CGT Santé, représentants de parents).

Le 27 novembre 2013 la ministre aux personnes handicapées, Marie-Arlette Carlotti, enjoint, sans délai, à la directrice de l'ARS Midi-Pyrénées de mettre l'IME Moussaron sous administration provisoire.
Gisèle Biémouret (PS), se disait "étonnée" de la décision de la ministre car " la direction de l’établissement était en train de mettre en place les recommandations de l’ARS ". Même surprise pour Bernard Gallardo (PS), le maire de Condom. " La lecture du dernier rapport semblait montrer que l’ARS avait pris acte de la volonté de l’établissement de se mettre aux normes. Des premières mesures ont été mises en place et il me semblait que l’on s’acheminait vers un avenir serein de la structure. Mais je reste prudent car je n’ai pas tous les éléments en mains. Toutefois, je resterai vigilant sur l’emploi. " (Sud Ouest 29/11/2013)
Étonnée qu'elle est la députée du Gers! Durant ces 20 dernières années, elle n'a pas dû entendre les appels de Bernadette et de ses copines! Quant à Gallardo, sa vigilance opèrera sur l'emploi d'abord, pas sur les conditions de prise en charge des résidents... Les propos bienveillants de ces deux élus à destination de la direction du Moussaron me laissent, pour le moins, interrogatif et perplexe sur la nature de leurs relations...

Je vous invite à visionner, si vous ne l'avez déjà vu, le reportage de M6. D'aucuns diront que les méthodes employées (caméras cachées) sont discutables. Ceux-là n'ont pas discuté des alertes lancées par Bernadette et ses copines. Alors, qu'ils continuent à la fermer!

Reportage Zone Interdite ICI

Des enfants polyhandicapés considérés comme le "jackpot" en Belgique (à 40 mn) avec l'argent de la Sécurité Sociale française. Des propos (?) ahurissants du directeur de l'ARS Bourgogne (50 mn), et ça le fait marrer le bougre!

Le reportage sur l'IME du Moussaron commence à 1h 02'. L'image finale dit tout: si les enfants ne disposent ni de WC, ni de salles de bain, ni de surveillance à partir de 18h, au moins apprend-t-on que les deux Ferrari et la Bentley sont aux petits soins dans un garage de l'institution...



Pour mémoire, un bon article de Henri Haget "Les enfants du silence" publié dans l'Express du 11 novembre 1999 (14 ans déjà!)