léo-ferré

Quand Léo se ramène avec des étrangers
En Lorraine y a toujours la crêperie d´à côté
Et un Jean-Paul qui t´file une bonne crêpe en ciment
Tellement il y a fourré des tonnes de sentiments…

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Il s'est ramené avec un étranger Léo. Hier, à la "Petite Porte" (1). Emmanuel Depoix qu'il s'appelle. C'était étranger pour ma pomme, et pourtant, le gonze, il a un pédigrée artistique long comme un jour sans pain... mais, jusqu'à hier, je l'avais pas ramassé dans mon trémail de juillet, celui-là. Encore un de ces enragés, passeur de mots, de mots comme le Nouveau Monde, de mots venus de l´autre côté de la rive, de mots tranquilles comme un chien qui dort.

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Et t'étais là, à mes côtés, mon Jean-Paul, mon camarade d´un autre pays, d´un autre quartier, d´une autre solitude. T'étais là parce que le type qui transmettait aux gens les paroles de Léo est un type bien, il te palaîrait aussi. Il s'est emparé des mots, des cris, du désespoir, de la lumière de Léo de belle manière. C'est un drôle de type qui traverse la brume, avec des pas d'oiseaux, sous l'aile des chansons de Léo avec l'assurance tranquille de celui qui s'en va donner des tonnes d'or aux nègres du coton. Les nègres, c'est nous. Et l'Emmanuel, il nous déverse tant du soleil à trois cents balles que ça dégouline de bonheur sur tous les amis présents ce soir là.

Léo a cessé de chanter le 14 juillet 1993. Ce matin là, je chantais du Ferré à gorge déployée sur un échaffaudage à Goult en compagnie d'un vieil anar espagnol. Les lauzes du toit de la chapelle St Véran renvoyaient direct au ciel les créations maladroites de nos cordes vocales. Ce n'est que deux jours plus tard qu'on a appris le départ du vieux Lion vers une autre galaxie. Troublant, non? Trouble encore plus étrange quand Emmanuel me dit qu'il était, lui aussi, ce jour là, en tournée dans le Luberon, tout près de la chapelle...

Emmanuel se présente comme le passeur des mots de Ferré. Il les passe bien. Super bien. Puissent les générations toutes neuves attraper au vol l'oeuvre magistrale que ce gaillard leur lance de toute son émotion, de toute sa sensibilité.

En ce jour du 25 mai 2014, je m'en vais voter... et puis après??? aurait dit le vieux... je tempère ses propos par ceux de son pote Jean-Roger Caussimon: "Ami, ne désespère pas, le jour viendra, le jour viendra...". Faut quand même accrocher sa putain de vie à quelque chose, non?

Jean-Paul, je t'aime!

(1) Merci aux amis de la "Petite Porte" de Puycasquier de nous offrir autant de bonheur